- Les Alpes et les Avions
- Robert Merloz
- Hermann Geiger
5 octobre 1910 Géo Chavez traverse les Alpes de BRIG (Suisse) à Domodossola (Italie) par le col du Simplon. Accidenté à l’atterrissage, il décède quelques jours plus tard. 1913 Au Fayet près de Saint Gervais, création de l’Ecole des Remous par THORET dit Thoret-Mont Blanc. 1914 Premier survol du Mont Blanc par PARMELIN. 30 juillet 1921 DURAFOUR se pose sur le Dôme du Gouter (4330 m) avec un Caudron G3 sur roues et neige dure. 1927 Création au Fayet de l’Ecole de Haute Montagne par Thoret (plus amateur de vol que d’atterrissage en montagne) 1929 Atterrissage d’Ernst UDET (as allemand) sur le plateau du Trient (derrière le glacier du Tour) 1935 Le 35 ème régiment d’aviation de lyon-Bron essaie des skis en bois sur ses Potez 25, MS 230 et MS 330. Cette idée est abandonnée devant le peu de réussite. 1945 à 1962 Firmin Guiron et son Auster Workmaster de 180 cv équipé de skis en bois ( puis de skis américains FEDERAL ) réalise de nombreux atterrissages dans le glacier d’Argentière sous l’aiguille du Triolet. Janvier 1950 Henri GIRAUD occupe le poste de chef pilote à l’aéro-club du Dauphiné. 5 octobre 1951 Le suisse André ZEHR manque son atterrissage sur roues au Dôme du Gouter avec son Piper Cub. Une équipe conduite par Hermann GEIGER redresse, répare l’avion et change son hélice. André ZEHR décolle à l’aide d’un sandow. 1952 Hermann GEIGER réalise son premier atterrissage sur le glacier de la Kander. Il développe dans tout le Valais suisse en compagnie de son ami Fernand MARTIGNONI, sa technique d’atterrissage en montagne à l’aide de skis rétractables. Ils réalisent ainsi de nombreux sauvetages, largages de bois et ravitaillements dans des pentes difficilement accessibles. 8 mars 1953 Henri GIRAUD décolle de Grenoble avec un planeur Castel 25 vers Chamrousse et réalise le plus haut posé de planeur à 2225 m. Il décolle au sandow et se repose ensuite à Grenoble. 1957 Drame des alpinistes Vincendon et Henry près du Dôme du Gouter avec la perte d’un hélicoptère de sauvetage. Henri GIRAUD se motive pour acquérir comme Hermann GEIGER, un Piper PA 18 équipé de skis. GEIGER, GIRAUD et MARTIGNONI volent ensemble sur les glaciers du Valais suisse. 23 juin 1960 Premier atterrissage d’Henri GIRAUD au sommet du Mont Blanc avec son PA 18 « Le Choucas » A cette altitude, les 150 cv ne représentent plus que 70 cv. Il se pose sur une distance de 30 m…….. 1er juillet 1961 Création d’Air Alpes par Michel ZIEGLER et Robert MERLOZ avec 2 avions, un Piper PA 18 150 cv pour les reconnaissances de sites d'atterrissage en moyenne montagne et glaciers et un Pilatus à turbine Turboméca Astazou 530 cv pour le travail aérien. 1975 Environ 200 pilotes qualifiés montagne en France, 12 altiports et 110 surfaces plus ou moins connues. Aujourd’hui 2009 L’AFPM, association des pilotes de montagne compte environ 650 membres dont une centaine fréquente régulièrement les glaciers.
Robert Merloz. Ce nom évoque pour de très nombreux pilotes, la création d’Air Alpes, le premier atterrissage en janvier 1962 sur ce qui allait devenir l'Altiport de Méribel, le début de la formation montagne au SFA, et des fonctions de commandant de bord, chef des divisions A320 et B747-400 au sein d’Air France. Mais pour nous tous, pilotes de montagne, pilotes Air France et autres, ce nom évoque, bien plus que cela encore. Celui d’un formidable pilote aux qualités, tant professionnelles que personnelles unanimement appréciées, bref un aviateur d’une grande humilité que nous respectons tous et dont nous avions tous envié la trajectoire.
J’ai connu Robert en 1990. J'étais jeune commandant instructeur pilote de ligne sur A320. Il était mon chef de division. Mais les relations professionnelles que l’on peut nouer au sein d'une grande compagnie se limitent le plus souvent à quelques contacts hiérarchiques… En février 1991, j'ai vécu sur le terrain de Nîmes lors d'un entraînement de jeunes pilotes ab-initio, une désagréable péripétie technique qui jalonnait les premières années de l'Airbus A320. C’est à ce moment que j’ai pu apprécier les qualités de Robert en tant que chef de division. Il m’a apporté un coup de main que je n’ai jamais oublié. J’ai pu aussi déceler les contours d’un caractère bien forgé : celui du savoyard Merloz. Bien sûr, avant cet incident, Je connaissais le nom de Robert Merloz, qui était à l'origine de l'introduction de l'A320 à Air France et qui avait réalisé, entre autre, ce survol des Champs Elysées avec le Président de la République, vol au cours duquel il avait connu quelques sueurs avec les systèmes de l'avion. Ma curiosité et mon goût pour la relation humaine m’avaient donné envie d'aller plus loin, d’en connaître un peu plus, au-delà de la technique. C’est aussi à cette époque que mes pas (ou plutôt mes skis), m’ont conduit vers Méribel. J’ai alors découvert un aéroclub de montagne. En entrant dans cet aéroclub en 1990, ce repère de Mousquetaire rouges, j’ai d’abord retrouvé Nano Chappel. Nano, avec qui j'avais partagé de nombreux vols comme copilote sur B747 et qui me fera faire mon premier posé en montagne. Nano avait volé de très nombreuses années avec Robert Merloz comme copilote. Souvent, Nano me parlait de Méribel, de la montagne et de Robert Merloz… Moi, j'écoutais. Intrigué et captivé, j'y ai alors découvert dans ce lieu dédié au pilotage de montagne, la magie du vol. Rigoureux, fin, esthétique. A chaque heure de la journée, à chaque instant, été comme hiver, la lumière change et met la montagne en beauté. Voler au sein du massif alpin, dans ce cadre incomparable, se poser sur les glaciers, c'est composer à chaque instant un nouveau poème pour aviateur amoureux de la sensation de liberté, du vol précis et tout simplement beau. Revenons quelques années en arrière. Nous sommes le 21 janvier 1962, Michel Ziegler et Robert Merloz se préparent comme des navigateurs depuis Chambéry à décoller vers de "nouvelles terres". Ils viennent de démarrer l'activité de la nouvelle compagnie aérienne Air Alpes qu'ils ont fondée et souhaitent développer plus particulièrement les vols en montagne au profit des stations de ski qui se développent. A quelques minutes de vol, Méribel et Courchevel les attendent. Une clairière près de la forêt du Fontany à Méribel a été préparée par des moniteurs de ski, neige damée, skis aux pieds. Michel pilote le Pilatus Turbo Porter et Robert le Piper PA 18. Robert a alors 25 ans et 300 heures de vol à son actif et la bande d'atterrissage préparée fait à peine 200 mètres de long sur quelques mètres de large. La méthode de pilotage en montagne n'existe pas encore. Décision est prise de poser tout d'abord le Piper qui présente moins de risque à l'atterrissage. L'atterrissage court est très précis et Robert qui vient de poser pour la première fois un avion à Méribel doit même remettre toute la puissance du moteur pour atteindre le haut de la plateforme. Michel Ziegler le rejoint quelques instants plus tard avec le Pilatus. Ce même jour, ils iront ensuite découvrir Courchevel. Aujourd'hui, la piste de Méribel (LFKX) est toujours à l'endroit où Robert l'a choisie, longue de 400 m et large de 15 mètres, en dur l'été. Quelques jours plus tard viendront se poser avec un Pilatus à turbine Astazou, messieurs Desoche, Becker, André Tournier, Joseph Szydlowski, président de Turboméca, Michel Ziegler et Robert Merloz,. Ce sera pour mémoire, le jour où Joseph Szydlowski surnommé amicalement, Jojo la Turbine, citera pour la première fois le nom "d'altiport" en parlant de cette piste et de son environnement. Robert Merloz se voit confier la gestion de cet "Altiport" de Méribel. Il est également instructeur dans le tout nouvel Aéroclub. La méthode rigoureuse de pilotage en montagne commence à être enseignée. Il faudra simultanément créer la nomenclature des altiports, altisurfaces, glaciers et former les premiers pilotes de montagne. L'expérience venant, la méthode s'affine, cette technique qui s'instruit toujours aujourd'hui se fonde sur un pilotage basé sur le choix précis du point d'aboutissement de la trajectoire choisie, de la tenue rigoureuse de la pente d'approche et d'une vitesse décidée en amont et tenue avec précision. Tous les phénomènes aérologiques connus en plaine sont à reconsidérer en montagne. Les vents, brises de pente, rafales et autres ascendances sont parfois des amis, mais deviennent souvent de redoutables adversaires. N'oublions pas que l'une des premières écoles basée à Chamonix dans le Mont Blanc est animée dès 1925 par Joseph Thoret dit "Thoret Mont Blanc" et s'appelait déjà 'l'école des Remous", nom qui pourrait toujours parfaitement convenir aujourd'hui ! Depuis, toutes ces années, Robert Merloz est resté le même. Simplement. Il est toujours habité par un souhait profond de transmettre, ses connaissances, sous toutes les formes, publications, ses articles dans la presse donneront naissance en 1972 à un livre "Le pilotage en Montagne" écrit alors à deux mains avec Nano Chappel. Ses briefings extrêmement élaborés, d'une précision chirurgicale et d'une rigueur toute montagnarde, sa ténacité suscitent l'admiration de tous les nombreux pilotes, y compris certains chef pilotes qui ont eu le privilège de profiter de ses conseils. Robert parle si justement de la montagne, de sa passion. Tout le monde écoute. Ses exposés sur la montagne, sur la technique du vol en altitude sont savourés «religieusement». Au point que cette transmission perdure : son cours de pilotage en montagne est aujourd'hui toujours disponible sur Internet via le site de l'Aéroclub de Méribel. Robert est le pilote que nous voudrions tous être. Il donne un vrai sens à cette vie. C’est un pilote rigoureux, précis, exemplaire et c’est aussi un homme d'une grande force morale insoupçonnée. Il est bien sûr capable, en vrai montagnard, de surmonter de difficiles moments. Mais il sait aussi nous aider à les surmonter. Depuis des années, il inspire les plus jeunes dans leur désir de consacrer, à leur tour, leur vie à l'Aviation. Cet éternel amoureux de l'Air (il a été pilote de planeur, pilote privé, pilote professionnel, créateur d'une compagnie aérienne, instructeur au centre national du SFA de Challes les Eaux, pilote de ligne instructeur, commandant de bord sur les plus beaux avions de son époque, chef de division aux très hautes responsabilités), est revenu à ses passions du vol en montagne. La boucle parfaite. Personne n’oublie le côté savoyard du personnage et on ne peut s’empêcher de penser aux propos de Roger Frison Roche: "Partir, revenir, ouvrir les portes de la vallée, s'en aller loin voir d'autres choses et d'autres gens et puis s'en retourner au pied de ses montagnes pour les contempler de nouveau, le regard modifié de toutes les expériences, voilà l'enseignement d'une vie". Je crois que cette phrase décrit parfaitement la vie de Robert, celle d'un homme qui a toujours voulu découvrir ce qu'il y avait derrière les montagnes d'ici ou d'ailleurs. Jean-Claude Roumilhac pour Aviation et Pilotes (avril 2009)
Lorsque j'étais gosse, j'étais un grand rêveur! (je le suis toujours) Mes deux héros étaient pilotes. Le premier s'appelait Joseph Siffert, il était pilote de Formule 1; le second était pilote des glaciers et se nommait Hermann Geiger. Tous deux sont morts dans des circonstances tragiques. Le premier lors du Grand-Prix de Brands Hatch, en Angleterre, le 24 octobre 1971; le second à Sion, le 26 août 1966,dans son Piper SuperCub, lors d'un vol d'instruction. Cruel destin qui m'arrachait ainsi, à cinq ans d'intervalle, mes deux idoles… C'est au pilote d'avion que je voudrais rendre un petit hommage…
En août 1966, je dois subir une intervention chirurgicale destinée à modifier ma jambe droite. Elle me cause problème suite à une polio contractée neuf ans plus tôt. De ce séjour hospitalier j'ai gardé deux souvenirs majeurs: le premier, c'est mon infirmière, prénommée Sabine, très belle jeune fille blonde dont j'étais très amoureux (si tant est qu'un gamin de douze ans puisse l'être à cet âge-là…) Le second, c'est l'annonce à la radio de l'accident du pilote des glaciers valaisan…
Quelques temps auparavant, un de mes copains m'avait filé un livre que j'ai dévoré d'un seul trait: "Geiger, pilote des glaciers" (Editions Arthaud, 1955). De ce livre aujourd'hui introuvable, il est une chose plus que toute autre qui avait marqué mon imagination de gamin. Geiger parlait de ses observations lorsque il était enfant, dans les années vingt, passant des heures à annalyser les évolutions aériennes des aigles et autres choucas, sorte de corneilles des montagnes vivant en bande. Voici ce qu'il en disait:
"Le désir de planer dans les airs est aussi vieux que mes souvenirs. Tranquillement allongé dans l'herbe des alpages, j'admirais le vol majestueux des choucas et des aigles contre les parois de rochers. D'un coup de sifflet je faisais disparaître ces maîtres de l'air pour pouvoir les observer, encore et toujours, lorsqu'ils atterrissaient en douceur sur les récifs dominant des abîmes sans fond. Dès lors, l'idée d'en faire un jour autant ou tout au moins de décoller de quelques centimètres de cette lourde terre ne me quitta plus jamais. J'avais bien vite constaté que ces gracieux oiseaux se laissaient guider par une loi immuable de la nature, car ils décollaient et atterrissaient toujours contre le vent."
Hermann Geiger est né le 27 octobre 1914 à Savièse, tout près de Sion, dans le Valais suisse. Il connut d'emblée la vie rude de la montagne, entouré de ses douze frères et sœurs. Son intérêt pour l'aviation lui vint très tôt. Lorsqu'il dut partir effectuer son service militaire, il aurait aimé être incorporé dans les troupes d'aviation, mais on ne l'entendit pas ainsi et il fut prié d'aller faire ses classes chez les fantassins. Dur, dur… En 1932, il fit la connaissance d'un jeune étudiant ingénieur aéronautique allemand nommé Max Kaspar, qui allait plus tard épouser une de ses soeurs. A eux deux, ils entreprirent de construire le premier planeur valaisan, un "Hols der Teufel" (Que le diable l'emporte!) dont Max détenait les plans. C'est lui qui initia Geiger au pilotage, sur un planeur Zögling. Plus tard, le Valaisan s'expatria en Suisse alémanique et plus précisément à Winterthur, non loin de Zürich. Là, devant bien gagner sa vie, il deviendra gendarme. Et là, devant bien faire sa vie, il rencontrera Hilda, qui deviendra sa femme.
 Après la guerre, il rentre en Valais où il est engagé en qualité d'agent de police. En 1947, il devient gardien de l'aérodrome civil de la ville de Sion. L'Aéro-club en est à ses débuts et Geiger va le développer rapidement. A bord du Cessna 140, qu'il a équipé d'un système mis au point par ses soins, il se lance dans des opérations de largage de matériel en montagne, sur les barrages en construction. Il ravitaille également en fourrage les troupeaux de moutons, de chamois ou bouquetins surpris et piégés par le froid et la neige. Puis il réceptionne le premier Piper SuperCub équipé de skis. Cet appareil lui donnera les moyens de mettre à exécution ce qui le travaille depuis si longtemps…
Le 10 mai 1952, il effectue son premier atterrissage sur le glacier de la Kander. Beaucoup de gens croient qu'il fut le précurseur de ce genre d'exercice, ce qui est faux! Lui-même prétendait se souvenir qu'en 1932 déjà, il avait appris que le grand pilote d'essai allemand Ernst Udet avait réussi à se poser sur un glacier à bord d'un petit appareil muni de skis (sans roues). Un hôtelier de St-Moritz, Fredy Wissel, le devança même en Suisse, effectuant plusieurs atterrissages sur glaciers dès 1951. Dans le genre, Geiger n'a rien inventé, non. Mais c'est lui qui a mis au point la technique d'approche, d'atterrissage et de décollage sur surface neigeuse en pente de haute montagne.
A partir de ce jour de mai 52, il va devenir le grand spécialiste de la discipline, effectuant un nombre considérable d'atterrissages sur toutes les pentes enneigées des Alpes suisses. Il va former bien des pilotes à cet exercice, notamment le grand Henri Giraud, "Français un peu fou" qui posera son Piper sur le Mont-Aiguille, en Isère, (1957) une arrête rocheuse surgie de terre et montant à la verticale sur plus de mille mètres, ou encore au sommet du Mont-Blanc (1960). En Suisse, ce seront Fernand Martignoni, autre figure légendaire du vol en montagne ou encore Bruno Bagnoud, co-fondateur avec Hermann et Fernand justement, de la compagnie Air-Glaciers, pour ne citer que les plus connus.
Spécialiste du secours aérien de montagne, on estime à environ 4000 le nombre de personnes que Hermann Geiger a secourues au cours de sa courte carrière. Infatigable pilote, il va écrire à lui seul, les plus belles pages de l'aviation de montagne en Suisse et deviendra célèbre pour cela dans le monde entier. Plus tard, il s'initiera au pilotage d'hélicoptère, cette machine prenant un essor considérable dans ce genre d'opérations. Malheureusement les plus belles histoires ont souvent une fin tragique… Le 26 août 1966, en fin d'après-midi, à bord d'un SuperCub, il effectue des tours de pistes avec un élève, sur l'aérodrome de Sion. C'est là que son appareil entre en collision avec un planeur dont il ignorait la présence, un planeur dont le pilote n'avait, lui non-plus, pas vu le petit monomoteur s'approcher de lui… Hermann Geiger venait de mourir, en faisant son métier, en vivant sa passion. Il n'avait pas 52 ans.
Je crois que beaucoup de passionnés de la disipline ont un aviateur-héros. Charles Lindbergh aux Etats-Unis, Louis Blériot en France, Otto Lilienthal en Allemagne, Douglas Bader en Angleterre… (ce sont mes choix personnels) La Suisse n'échappe pas à la règle. Et dans tous les sondages effectués à cette occasion il est un nom qui revient unanimement sur les lèvres: Hermann Geiger, pilote des glaciers, sauveteur infatigable et totalement désintéressé, homme de parole, droit comme un i, héros national, ayant pleinement réalisé son rêve d'enfant. Le héros de toute une nation aéronautique, aussi célèbre que le grand Guillaume Tell lui-même…
Pour obtenir sa licence suisse de pilote privé, tout candidat doit effectuer au moins deux vols en montagne. C'est une condition minimale et incontournable. Je me souviens parfaitement de ces deux extraordinaires escapades de près de trois heures au cœur des Alpes valaisannes et bernoises. Mon instructeur me fit tâter, en parfaite sécurité, de ces rabattants invisibles et insensibles qui en ont piégé plus d'un. Nous survolâmes plusieurs places d'atterrissages sur glaciers. En ces moments précis, je revivais la passion d'Hermann Geiger décrite dans "Pilote des glaciers"… J'imaginais l'homme aux commandes de sa machine, parfaitement maître (contrairement à moi) de l'évaluation de son altitude par rapport au sol neigeux. Je le voyais s'approcher face à la pente, se poser en douceur sur cette surface douce et limpide, garder assez de vitesse pour faire un demi tour sans se planter en sommet de pente, puis remettre les gaz à fond et s'arracher de ce moelleux duvet de flocons immaculés… J'aurais tant aimé, à cet instant précis, pouvoir en faire autant…
Les choucas, dans les contrées où j'habite, sont aussi courants que les flamants roses! A défaut, et chaque fois que je vois un gros oiseau dans une majestueuse descente planée, ailes légèrement secouées par les flux d'air, face au vent, puis, amorçant un arrondi parfait, prendre contact dans une légèreté infinie avec le sol, je me remémore les mots de ce grand pilote, de cet artiste et maître des pentes enneigées:
…"D'un coup de sifflet je faisais disparaître ces maîtres de l'air pour pouvoir les observer, encore et toujours, lorsqu'ils atterrissaient en douceur sur les récifs dominant des abîmes sans fond"...
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Écrit par Administrator
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Lundi, 27 Juillet 2009 15:16 |
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Robert Merloz. Ce nom évoque pour de très nombreux pilotes, la création d’Air Alpes, le premier atterrissage en janvier 1962 sur ce qui allait devenir l'Altiport de Méribel, le début de la formation montagne au SFA, et des fonctions de commandant de bord, chef des divisions A320 et B747-400 au sein d’Air France. Mais pour nous tous, pilotes de montagne, pilotes Air France et autres, ce nom évoque, bien plus que cela encore. Celui d’un formidable pilote aux qualités, tant professionnelles que personnelles unanimement appréciées, bref un aviateur d’une grande humilité que nous respectons tous et dont nous avions tous envié la trajectoire.
J’ai connu Robert en 1990. J'étais jeune commandant instructeur pilote de ligne sur A320. Il était mon chef de division. Mais les relations professionnelles que l’on peut nouer au sein d'une grande compagnie se limitent le plus souvent à quelques contacts hiérarchiques… En février 1991, j'ai vécu sur le terrain de Nîmes lors d'un entraînement de jeunes pilotes ab-initio, une désagréable péripétie technique qui jalonnait les premières années de l'Airbus A320. C’est à ce moment que j’ai pu apprécier les qualités de Robert en tant que chef de division. Il m’a apporté un coup de main que je n’ai jamais oublié. J’ai pu aussi déceler les contours d’un caractère bien forgé : celui du savoyard Merloz. Bien sûr, avant cet incident, Je connaissais le nom de Robert Merloz, qui était à l'origine de l'introduction de l'A320 à Air France et qui avait réalisé, entre autre, ce survol des Champs Elysées avec le Président de la République, vol au cours duquel il avait connu quelques sueurs avec les systèmes de l'avion. Ma curiosité et mon goût pour la relation humaine m’avaient donné envie d'aller plus loin, d’en connaître un peu plus, au-delà de la technique. C’est aussi à cette époque que mes pas (ou plutôt mes skis), m’ont conduit vers Méribel. J’ai alors découvert un aéroclub de montagne. En entrant dans cet aéroclub en 1990, ce repère de Mousquetaire rouges, j’ai d’abord retrouvé Nano Chappel. Nano, avec qui j'avais partagé de nombreux vols comme copilote sur B747 et qui me fera faire mon premier posé en montagne. Nano avait volé de très nombreuses années avec Robert Merloz comme copilote. Souvent, Nano me parlait de Méribel, de la montagne et de Robert Merloz… Moi, j'écoutais. Intrigué et captivé, j'y ai alors découvert dans ce lieu dédié au pilotage de montagne, la magie du vol. Rigoureux, fin, esthétique. A chaque heure de la journée, à chaque instant, été comme hiver, la lumière change et met la montagne en beauté. Voler au sein du massif alpin, dans ce cadre incomparable, se poser sur les glaciers, c'est composer à chaque instant un nouveau poème pour aviateur amoureux de la sensation de liberté, du vol précis et tout simplement beau. Revenons quelques années en arrière. Nous sommes le 21 janvier 1962, Michel Ziegler et Robert Merloz se préparent comme des navigateurs depuis Chambéry à décoller vers de "nouvelles terres". Ils viennent de démarrer l'activité de la nouvelle compagnie aérienne Air Alpes qu'ils ont fondée et souhaitent développer plus particulièrement les vols en montagne au profit des stations de ski qui se développent. A quelques minutes de vol, Méribel et Courchevel les attendent. Une clairière près de la forêt du Fontany à Méribel a été préparée par des moniteurs de ski, neige damée, skis aux pieds. Michel pilote le Pilatus Turbo Porter et Robert le Piper PA 18. Robert a alors 25 ans et 300 heures de vol à son actif et la bande d'atterrissage préparée fait à peine 200 mètres de long sur quelques mètres de large. La méthode de pilotage en montagne n'existe pas encore. Décision est prise de poser tout d'abord le Piper qui présente moins de risque à l'atterrissage. L'atterrissage court est très précis et Robert qui vient de poser pour la première fois un avion à Méribel doit même remettre toute la puissance du moteur pour atteindre le haut de la plateforme. Michel Ziegler le rejoint quelques instants plus tard avec le Pilatus. Ce même jour, ils iront ensuite découvrir Courchevel. Aujourd'hui, la piste de Méribel (LFKX) est toujours à l'endroit où Robert l'a choisie, longue de 400 m et large de 15 mètres, en dur l'été. Quelques jours plus tard viendront se poser avec un Pilatus à turbine Astazou, messieurs Desoche, Becker, André Tournier, Joseph Szydlowski, président de Turboméca, Michel Ziegler et Robert Merloz,. Ce sera pour mémoire, le jour où Joseph Szydlowski surnommé amicalement, Jojo la Turbine, citera pour la première fois le nom "d'altiport" en parlant de cette piste et de son environnement. Robert Merloz se voit confier la gestion de cet "Altiport" de Méribel. Il est également instructeur dans le tout nouvel Aéroclub. La méthode rigoureuse de pilotage en montagne commence à être enseignée. Il faudra simultanément créer la nomenclature des altiports, altisurfaces, glaciers et former les premiers pilotes de montagne. L'expérience venant, la méthode s'affine, cette technique qui s'instruit toujours aujourd'hui se fonde sur un pilotage basé sur le choix précis du point d'aboutissement de la trajectoire choisie, de la tenue rigoureuse de la pente d'approche et d'une vitesse décidée en amont et tenue avec précision. Tous les phénomènes aérologiques connus en plaine sont à reconsidérer en montagne. Les vents, brises de pente, rafales et autres ascendances sont parfois des amis, mais deviennent souvent de redoutables adversaires. N'oublions pas que l'une des premières écoles basée à Chamonix dans le Mont Blanc est animée dès 1925 par Joseph Thoret dit "Thoret Mont Blanc" et s'appelait déjà 'l'école des Remous", nom qui pourrait toujours parfaitement convenir aujourd'hui ! Depuis, toutes ces années, Robert Merloz est resté le même. Simplement. Il est toujours habité par un souhait profond de transmettre, ses connaissances, sous toutes les formes, publications, ses articles dans la presse donneront naissance en 1972 à un livre "Le pilotage en Montagne" écrit alors à deux mains avec Nano Chappel. Ses briefings extrêmement élaborés, d'une précision chirurgicale et d'une rigueur toute montagnarde, sa ténacité suscitent l'admiration de tous les nombreux pilotes, y compris certains chef pilotes qui ont eu le privilège de profiter de ses conseils. Robert parle si justement de la montagne, de sa passion. Tout le monde écoute. Ses exposés sur la montagne, sur la technique du vol en altitude sont savourés «religieusement». Au point que cette transmission perdure : son cours de pilotage en montagne est aujourd'hui toujours disponible sur Internet via le site de l'Aéroclub de Méribel. Robert est le pilote que nous voudrions tous être. Il donne un vrai sens à cette vie. C’est un pilote rigoureux, précis, exemplaire et c’est aussi un homme d'une grande force morale insoupçonnée. Il est bien sûr capable, en vrai montagnard, de surmonter de difficiles moments. Mais il sait aussi nous aider à les surmonter. Depuis des années, il inspire les plus jeunes dans leur désir de consacrer, à leur tour, leur vie à l'Aviation. Cet éternel amoureux de l'Air (il a été pilote de planeur, pilote privé, pilote professionnel, créateur d'une compagnie aérienne, instructeur au centre national du SFA de Challes les Eaux, pilote de ligne instructeur, commandant de bord sur les plus beaux avions de son époque, chef de division aux très hautes responsabilités), est revenu à ses passions du vol en montagne. La boucle parfaite. Personne n’oublie le côté savoyard du personnage et on ne peut s’empêcher de penser aux propos de Roger Frison Roche: "Partir, revenir, ouvrir les portes de la vallée, s'en aller loin voir d'autres choses et d'autres gens et puis s'en retourner au pied de ses montagnes pour les contempler de nouveau, le regard modifié de toutes les expériences, voilà l'enseignement d'une vie". Je crois que cette phrase décrit parfaitement la vie de Robert, celle d'un homme qui a toujours voulu découvrir ce qu'il y avait derrière les montagnes d'ici ou d'ailleurs. Jean-Claude Roumilhac pour Aviation et Pilotes (avril 2009)
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Mise à jour le Lundi, 27 Juillet 2009 15:22 |
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Code OACI : LFKX, IATA : MFXLAT 45 24 27N LONG 006 34 39EAltitude : 5700 ft (189 hPa) Radio : 118.75 en Auto Info Longueur Piste : 406 m, pente 11% Orientation QFU 15/33Surface Revêtue >>METEO>>NOTAM >>ETAT PISTE>>TELECHARGER CARTE VAC
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